1/25/2012

Essai de Pseudobiographie







Souvenir











C’était un peu comme la grande nuit de l’Esprit (éclipse,
et cetera). Une mouche, l’abdomen d’un beau vert métallique, doutait
abominablement. Des possibilités s’offraient pourtant, sans nombre, mais toutes
semblaient également futiles. A cette époque, ou peut-être un peu plus tard, je
fis un assez long voyage, en train, d’un endroit dont j’ai depuis oublié le nom
vers une destination (une sorte d’envers) qui m’est demeurée jusqu’à
aujourd’hui inconnue. J’arrivai tard dans la soirée; il pleuvait. Sur le quai
plusieurs femmes, attendant sans doute le retour de quelqu’un – un fils,
peut-être, perdu à la guerre ? -, discutaient tranquillement. Elles
avaient l’air un peu triste. On aurait dit des veuves. Incroyable (je me
souviens avoir alors pensé) comme toute perception se grève de conjectures,
s’exfolie d’hypothèses… Je m’enquis de la direction du plus proche hôtel. On
m’invita à traverser un petit pont. Plus loin, obliquement hachurés de pluie,
des arbres bordaient la route. Leurs feuilles luisaient sous la lune. Après une
demi-heure de marche j’atteignis l’hôtel ; j’étais, bien sûr, trempé
jusqu’au squelette. La chambre, quoique minuscule, était propre et confortable.
Elle était déjà occupée, pour ainsi dire clandestinement, par une colonie de
fourmis que ma présence ne sembla pas déranger outre mesure. J’ignore à quel
moment l’oubli des raisons pour lesquelles j’avais entrepris ce voyage s’est
produit. Ma pauvreté faisait peur à voir.
















Mon Inutilité











Lorsqu’il m’arrive de converser avec une personne
inconnue – ce n’est pas fréquent, mais ça arrive – il est rare qu’on n’en
vienne pas, tôt ou tard (et plus souvent tôt que tard), à la question (pour moi
ô combien délicate !) de nos occupations réciproques. La réprobation,
l’incrédulité, le sarcasme, parfois même un certain dégoût, sont les réactions
auxquelles je dois alors faire face. C’est que mon inutilité – si définitive,
si profonde, si radicale – embarrasse. Car enfin, qu’est-ce donc que ce coco
dont la seule et unique fonction semble être de n’en pas avoir ? Chacun ne
se doit-il pas de justifier son existence par quelque activité
monnayable ? Certes. Mais que faire lorsque l’utilité – plus souvent
supposée que réelle, ce me semble – de l’activité en question demeure, tout au
long du processus, une propriété, essentiellement, de la tâche à accomplir sans
jamais devenir un attribut de l’agent que, pour une raison toujours
contingente, on se trouve momentanément être ? Que faire ? Et
surtout, à quoi bon ?


Ma mère, il y a de cela quelques années, au bout de six
ou sept mois de circumnavigation, me retrouvant au même endroit et sensiblement
dans la même position quoiqu’un peu amaigri, décida soudain – et la racine de
cette décision plongeait dans un sentiment de culpabilité tout à fait
irrationnel – qu’il était temps de faire appel à un spécialiste de la santé
mentale, un dodu dandy auquel je dus alors avouer, non sans réticence, que ces
six mois d’absence maternelle ne m’avaient pas paru plus de six ou sept heures,
pour autant que, précisai-je, l’expérience purement subjective du temps puisse
être rapportée à une mesure objective. Le spécialiste de la santé mentale ne
cacha pas son étonnement, j’allais dire son scepticisme. J’avais, expliquai-je
(et il me fut bien difficile de dissimuler ma fierté), laissé se déployer mon
être intérieur (pour ainsi dire) et puisque ce déploiement n’avait été
contrarié par rien d’extérieur (mouvement, conversation) ça avait duré et duré
et continué de durer… Oh, bien sûr, ce splendide résultat n’était que la
récompense de nombreuses années d’efforts souvent désespérés, d’innombrables
tentatives parfois réussies mais toujours trop courtes. Le spécialiste de la
santé mentale se fâcha. « Fabulateur ! » s’exclama-t-il. (Mais
quelle puissante fiction ! songeai-je. Et rien de tout cela n’avait été
« réel » ? Un frisson me parcouru le dos à la pensée de la
puissance de la pensée – j’entends de son pouvoir d’illusion.) Ma mère était en
larmes. Sa robe de plumes paraissait toute froissée. Le soir même j’étais de
nouveau seul ; je repris illico mon existence expectative de monade
mélancolique. Elle habite depuis une vaste coquille d’argent, loin d’ici, au
milieu d’une forêt humide et sombre et crépitante d’insectes multicolores,
éperdue de honte à mon sujet. Mon bien le plus précieux sera-t-il donc, aussi,
ma perte ?
















Prévisions











Le premier mois il ne se passera rien. Un temps vide
d’évènements donc. Pas tout à fait vide, bien entendu, sinon comment
déterminerait-on la quantité de temps écoulée ? Le parcours circulaire des
aiguilles d’une montre est déjà en soi un événement – pour janvier, on devra
presque se contenter de ça. (La vieille métaphore de l’écoulement temporel –
tellement familière qu’on finit presque par oublier que c’en est une – n’est
sans doute pas idéale mais on n’en a pas encore proposé de meilleure. Quant à
l’idée de mesure du temps, qui implique (ou présuppose) celle d’une entité qui
se peut segmenter d’une manière homogène … mais je ne tiens pas à m’étendre
là-dessus ; j’ai déjà exprimé mon opinion à ce sujet maintes fois ;
la semaine dernière encore, je m’en souviens très clairement. Le lieu ?
Une chic station balnéaire, nacrée au dedans, rose au dehors. Vous portiez un
chapeau gris trop petit ; ridiculement petit pour tout dire. Je vous en
fis la remarque. Vous fûtes fort froissée. Soudain vous vous exclamâtes :
« Quelle putain de journée merdique ! » Quelques mouettes s’en
offusquèrent bruyamment.) Le deuxième mois il y aura des nuages, des nuages comme
on n’en voit plus, un vrai rêve de météorologiste, une débauche de formes
veloutées et d’effilochures cotonneuses, de frange ouatées, de volutes
duveteuses, d’effacements, de traînées … Le troisième mois il y aura des fleurs
d’apocalypse et de fielleuses mortifications ; Dieu merci, ça ne durera
pas ! Avril sera le mois des aveux, des révélations, des secrets
éventées ; mais aussi des mensonges, des quiproquos, des cachotteries, des
intrigues embrouillées. Mai : sommeil gratis, rêves à louer. En juin, on
pensera avec exactitude, on parlera avec parcimonie. Le mois suivant il y aura
des visites imprévues et, pour la plupart, inopportunes ; les nuits
vrombiront de moustiques. Fréquentes insomnies. En août, silence, cécité de
l’œil gauche, fractures. Odeurs d’hôpital. Lectures sérieuses (Spinoza dans une
édition latin/anglais, Bertrand Russell, un essai sur le bouddhisme intitulé Le
Mysticisme Expérimental
). Il commencera à neiger dès septembre. Dixième
mois : enfin l’amour ! Interminablement, l’avant-dernier mois, on
discutera de choses frivoles et profondes ; toutes sortes
d’incompatibilités se feront jour. Trois ou quatre questions gênantes seront
posées auxquelles il sera très difficile de ne pas répondre. En décembre on
recevra une longue lettre pleine d’explications superfétatoires. Déambulations
nocturnes dans le bois enneigé. Réconfort d’une ou deux idées un peu neuves. On
se liera d’amitié avec des jumelles ironiques et joueuses.
















A propos de la dernière Grande
Maladie











Il règne partout un ennui broyeur de cerveaux. Depuis des
siècles on s’épuise pourtant à lutter contre, on y emploie toutes les
ressources de l’intelligence humaine ; mais – et c’est là quelque chose
qu’on ne découvre que trop vite ! – la Distraction à ses limites (le
Sérieux aussi, mais ça, c’est une autre histoire). Le corps, par exemple. Il
est vrai qu’on peut le transporter d’un lieu à un autre et ceci à des vitesses
variables, parfois même considérables. On peut en introduire certaines parties
(ou la totalité) dans d’autres objets, accessoirement d’autres espaces
corporels (une baleine, par exemple). On peut aussi, c’est entendu, y
introduire divers objets délicieux (sinon intrinsèquement, du moins par l’effet
qu’ils produisent). Hélas, quoiqu’on invente, quelque acharnement pervers qu’on
y mette, le corps n’est point encore – et ne sera sans doute jamais – un jouet
infini. Reste, bien sûr, la pensée, soit dans ses manifestations logiques les
plus pures, soit en tant que source de toute une flore et faune d’illusions
hédonistes. La pensée donc, et spécialement dans sa première forme, reste, tout
bien considéré, le plus efficace des remèdes. Joyeuse pourvoyeuse de jouissance
combinatoires et d’arbitraires finement articulés, de classement labyrinthiques
et d’opérations diversement signifiantes … De tous, l’esthète amateur
d’abstractions est le dernier, dit-on, à faire l’expérience de cette chose
molle, fadasse et poisseuse. Les complications de ses anguleuses constructions
l’en protègent longtemps. Il est cependant un autre type d’état, plus étranger encore
à l’ennui que ceux précédemment évoqués, et donc plus précieux à cultiver (mais
aussi plus difficile à atteindre). Seulement on n’en peut rien dire. Presque
rien. Au delà du souvent lamentable éclectisme des désirs, du chatoiement de
l’imagination, des structures cristallines de l’entendement – Ah, que de
plis ! Et combien de miroirs ! O facétieuses facettes ! -,
au-delà donc, une dernière forme du sentiment ou de la pensée (aucun terme ne
convient exactement, bien entendu) d’où l’affreuse Répétition a été bannie.

























Confession











Mon bonheur était parfait comme une sphère. Je jouissais
continûment d’une impensable plénitude. Impensable et tout à fait indue.
Difficile d’avouer une chose pareille sans rougir. D’autant qu’autour de moi on
n’en finissait pas de soupirer, de geindre, de pourrir sur pied, de se
contorsionner à l’intérieur de sa peau, de chercher à perdre son pitoyable moi
– par tous les moyens, des plus sots aux plus sophistiqués -, de se battre
soi-même afin que la douleur auto-infligée fasse oublier celle subie en
récalcitrante victime. Et les victimes ne manquaient pas, ni les bourreaux. Ils
avaient souvent d’ailleurs le même visage – têtu, tendu, tordu. On agissait
partout suicidairement. Je contemplais tout ça avec une croissante incrédulité,
parfois aussi avec une certaine irritation. Rien à faire cependant : mon
bonheur, toujours, reprenait rapidement le dessus, doux et chaud,
magnifiquement formé, juteux comme un beau fruit. La résistance que j’avais
essayé de lui opposer, les cinq premières semaines – tout autour
souffrait ; il eut été passablement indécent de ne pas faire preuve d’un
peu de solidarité – n’avait pas tenue. Il m’avait fallu renoncer. Depuis, il
n’y a rien de comparable à mon isolement.




























An English Paragraph











But, even so, after a while, it became obvious
that, after all, it was far from being quite as clear as one could reasonably
wish or expect, however undemanding one might turn out to be. The last thing
one needed then, at this precise point, was an even more complicated
description than the one which had been received prior to the last one,
especially after the mind-boggling confusion that surrounded, like some
impenetrable, phosphorescent fog, the aim as stated in the previous draft,
which, though considerably shorter, happened to match in obscurity (or, some
might even claim, top) the vastly more detailed yet by no means more
understandable message it was followed by… Still, it was not altogether impossible
that some areas of the project would soon be clarified, given the efforts that
were being done in this direction, practically on a daily basis. Nevertheless,
the core of the situation remained fundamentally vague, due no doubt (in part at
least) to the, shall we say, pathological elusiveness of the Author, and the
very obvious pleasure he took at spinning out pages after pages of
grammatically correct but virtually empty – meaning-wise –  drivel – that is: TEXT. Had he not, once,
written a hundred and thirty three pages of such contentless nonsense? He,
indeed, had - and was still, years later, secretly quite proud of his totally
absurd exploit.
















Mise au point











Le petit bruit, ça suffit.
C’est-à-dire : c’est suffisant, il n’en faut pas plus. Non, non, vraiment,
juste une demi lune et l’œil endormi, pas plus. Un effort considérable dans son
passé sous silence, la plupart du temps, juste en dessous - on n’en trouve
traces, en tout cas, dans aucun livre d’Histoire – , avait déplacé son centre
mental de gravité, pour ainsi dire (façon de parler). Et tout se joue encore
comme en secret, n’est-il pas vrai ? « C’est comme sauver le réel d’une
imminente catastrophe », songea-t-il un instant. Il prenait peut-être trop
au sérieux les métaphores de sa vie mentale, mais il n’en oubliait pas pour
autant qu’il s’agissait de métaphores. Une partie du problème était
probablement là, dans l’intimité des métaphores, dans l’impossibilité de
trouver une forme plus immédiate d’expression, le vrai nom des choses, la langue
première, façon de parler (pour ainsi dire) ! « La vérité, »
écrit-il beaucoup plus tard (exactement deux jours avant la fin du monde),
« réside dans l’immobilité de l’escargot attendant la pluie ».
C’était une fort jolie phrase, une phrase au parfum zen, mais il n’y croyait
pas vraiment. Encore que. Le bout du monde ? Un doigt de pied crotté.
« Oui, » dit-elle, « c’est sûr, pas de brouhaha autour d’un truc
pareil. » Muet, au fond du fond, dans le trou. Elle le voit pourtant encore,
ou l’imagine, toujours creusant, fatigué mais inépuisable (borné?), à la
recherche d’une issue ou d’un secret ou peut-être, oui, simplement pour
s’occuper en attendant le pire, faute de mieux en somme, en manque d’espoir
véritable, de but positif – oublié, donc, le pire encore à venir dans le
plaisir animal de l’effort musculaire, est-ce seulement possible ? Mais
c’était un travail de fossoyeur, au final, rien d’autre, il avait tout de même
fini par en prendre conscience. La terre brune et mouillée, le violet-rose des
lombrics. Les feuilles des arbres en automne, et ainsi de suite. Quoi qu’il en
soit, et pour en revenir à ce qu’elle n’avait jamais cessé d’appeler son
aveuglement, qu’est-il possible d’en dire, sinon objectivement du moins sans
sympathie excessive ? Aveugle, il l’était, sélectivement. Par choix,
autrement dit. D’autres diront par lâcheté. A la périphérie. Mais persuadé -
Arrogance? Illusion? Paresse? Peur? - qu’il s’y passe des choses, aussi, juste
là, sous son nez, pas loin de la peau pour ainsi dire, près du tuyau d’arrosage
par exemple, autour de la statue de Bouddha en plastique, dans l’odeur de
pelouse fraîchement tondue, en déboutonnant la chemise de l’être aimé une nuit
d’été avant l’orage, et ainsi de suite. Le très concret l’intéresse donc,
malgré son caractère atrocement éphémère. Le très concret, oui, mais aussi le
très abstrait - voilà, c’est confortable, là, pour lui, aux deux bordures de
son expérience. (Au milieu tout est en friche, il s’en fiche un peu.) Enfin,
c’est-à-dire, plus confortable qu’ailleurs. C’est là qu’il veut résider, si on
peut dire (pour ainsi dire (façon de parler)). Le reste lui apparaît comme une
zone trop occupée de guerres d’opinions contradictoires. Guerres vulgaires. Une
telle abondance de paroles lui avait donné, à l’occasion, durant l’adolescence,
une violente envie de vomir. Ou bien il saignait du nez. Soit le saignement,
soit le vomissement ; tantôt l’un, tantôt l’autre l’avait tiré in extremis
de telle ou telle situation d’échange verbal ou d’écoute forcée, particulièrement
au collège, et puis au lycée. Mais ça, c’était avant. Oui, un effort considéré,
un effort abrupt et concentré et pourtant souple, plein de surprises, il y a de
cela plusieurs années, lui avait permis d’échapper à cette zone, non sans
quelques écorchures psychiques encore douloureuses par moments, par endroits.
Un soulagement pourtant, sans doute. Enfin, dans l’ensemble.

























Demain l’Apocalypse











L’objet – énorme, venu du fond de l’espace, né très près
de l’origine du temps - était un peu plus fier qu’une méchante machine
auto-mobile. Il allait bientôt entrer en collision avec la Terre. Dans le même
temps, quelques mètres plus loin, une toute autre confusion venait d’apparaître
sous la forme d’un froncement de sourcils sur le théâtre d’une bonne quinzaine de
fronts plus ou moins dégarnis, tandis qu’un volcan de fourmis pétillait à la
manière d’un verre d’eau gazeuse dans l’horizon macabre d’un souvenir tenace,
une épaisse fumée d’une beau pourpre foncé s’élevait d’un champ voisin. Dans
son gigantesque palais inconfortable et lointain - oh, si lointain ! - la
petite princesse borgne récitait un alphabet étrange de sa minuscule voix
métallique. D’une manière intimement perplexe, un ballon rouge rebondissait
autour d’une calme mare d’eau cubique. Quelqu’un écoutait la radio. Il n’y
avait pas moyen d’obtenir une réponse claire, pas même la moitié d’une, au
sujet de l’heure du prochain et final accident cosmique. La nuit - la nuit
surtout (mais pourquoi donc ?) - la plus grande prudence restait de mise,
encore que la nature de la menace semblait de plus en plus confuse, son contour
toujours aussi lamentablement imprécis qu’un précis de lamentations. Une
météorite ? Un artefact extraterrestre ? La communauté scientifique
internationale ne semblait pouvoir parvenir à aucun consensus quant à
l’identité du terrifiant projectile. Certains savants en niaient même carrément
l’existence ! Ah !


Bien qu’il ne semblait y avoir nul lien causal avec
l’approche du funeste objet céleste, il pleuvait désormais presque continûment.
L’incontinence du ciel plaisait d’ailleurs fort aux escargots et à quelques
pseudo-prophètes barbus. Partout, à l’approche de la fin (l’approche touchant à
sa fin), le couteau entrait la chair sans résistance. Bondées étaient toutes
les églises ; les bordels ne désemplissaient plus. Quelque part un ouvrage
de mâchoires aboyait voracement.


































Une interruption momentanée











Et c’est alors qu’il se
produisit quelque chose d’impensable. Disons – bien que cela soit littéralement
faux – qu’il se produisit alors quelque chose d’analogue à une coupure de
courant : une Coupure de Réalité. En la regrettable mais logique absence
de témoins, il nous est malheureusement tout à fait impossible d’en offrir la
moindre description. Le néant, plus encore que l’infini - dont quelques
mathématiciens audacieux, à la suite du génial Cantor, n’ont pas craint de
faire la théorie - s’est toujours montré notoirement rétif à tous les efforts
d’intellection, autant descriptifs qu’analytiques. De plus, il est non
seulement impossible mais carrément absurde – c’est-à-dire : dépourvu de
sens – d’évaluer la durée de cette interruption, le temps lui-même – en tant
que dimension de la susdite réalité – ayant, bien sûr, été inclus dans ce qu’on
peut bien appeler cette « coupure ontologique ».





When
Reality was switched on again, it was business as usual.

11/02/2010

The Interview











- Hi!
- Hi! How’s it hanging?
- Fine – well, the pictures aren’t hanging anymore: the exhibition is over.
- Funny!
- Thanks.
- Talking about the exhibition…
- Yes?
- Well, I just saw the pictures on Bos’s site (http://latelierbos.canalblog.com/ ).
- And?
- To be quite frank, I had this weird (and not entirely pleasant!) feeling, looking at them: This is the world seen thru a child’s point of view (a somewhat frightened one perhaps, at times, but still a fairly happy child, all in all...)! I mean, where is the dreadful weight of the world? The crippling constraints of social bondage? And the boredom and sadness of lost certainties and ideals, quietly growing, perhaps into resigned nihilism?  
- You sound like a cheerful fellow!!!
- What do you mean?
- Nothing. But, you know, I didn’t exactly choose these. I showed Bos a bunch of paintings and, well, he chose the cheerful ones.
- Why?
- I’m guessing because he thought they would sell better (though eventually they didn't)… He did say, looking at the picture of the dead seagull, "Well, not this one: we don't wanna scare them away!" And maybe because he’s a rather cheerful fellow, not that I know him all that well, just a first impression...
- No, I meant: why did you let him choose?
- You obviously don’t know me!
- Allow me to remind you that this is a self-interview?
- I’m absent-minded.
- I know that too!
- You would. But I was only trying to suggest that another selection might have emphasized a darker mood, a somewhat less cartoonish outlook, and so on.
– But then again, maybe not!
- There is definitely some melancholy in these pictures though, grant me that at least!
- Yeah, okay!
- A certain autumnal quality?
- Right... But still, you do seem to have a fairly immature take on things?
- What?!
- I'm sorry - maybe "immature" isn't quite what I had in mind; what about, say, innocent? Yes, just improbably innocent for a guy your age.
- I have no idea what you’re talking about.
- Did you know that Degas hated Jews?
- What?
- The French artist, Edgar Degas.
- I know who Degas is! In fact, he’s one of the few impressionists whose stuff, well, impresses me! Il a un si surprenant sens du cadre!!!
- Let’s no get into that right now!
- So what are you driving at anyway? You could hardly call his outlook innocent! And what has his anti-Semitism got to do with anything?
- I just wanted to illustrate, you know, the fact that artists have their own share of emotional shortcomings and intellectual, er, blind spots?
- Degas’ anti-Semitism (I’m assuming you’re not making this up!) hardly shows in his work anyway!
- I know but…
- Oh, I see… Are you implying that innocence is some sort of emotional shortcoming?
- Well, maybe not if you're aiming at sainthood, but, you know, as an artist…
- But it’s all the same!
- What is?
- Truth! Beauty! Virtue!
- You cannot possibly be serious! Is the ultimate point about the universe ethical?
- Wouldn’t that be beautiful if it were true?
- It would, but is it?
- Of course!
- You’re deranged! Are you also implying that beauty has an ethical and epistemological value?
- You think it hasn’t?
- Please! A wicked liar could have a gorgeous body!
- No doubt about that. But this doesn’t make the wickedness less wicked, the lies more truthful, nor the body ugly.
- I don't get it! Why do you posit this elusive identity then?
- Because one has to! What would be the point of any artistic endeavour if the aim of this expanse of energy and imagination was just to make cute pictures!!!
- It appears to me that you are confusing the way things are with the way things ought to be, or the factual with the ideal, however you want to put it…
- What are we here for anyway? This identity I'm talking about is not a given: it's an aim, and a task. This identity is what the whole pluriverse is in the process of getting at: but it won't get there without us.
- You’re an absolute nut!
- I'm not the only one. Have you ever read Hegel?
- No. And I don’t plan too either. I simply cannot stand the vacuous pomposity of German metaphysicians!
-Well, whatever. It was, er, nice talking to you.
- Same here.
- Take care!
- Have a nice day! 
- And don’t forget to take out the garbage and feed the cats!
- I won’t! Bye!  







 










10/15/2010

microficTion # eight

To Dead Bunny from the Group.
We have been unable to locate the site of the UFO landing which took place, allegedly, on Tuesday, some time between 10:30 and 10:35 p.m., somewhere in the vicinity of Thirteen Winds, a small town in Connecticut, according to eye witness Felicity Rivers, a columnist and obituary writer for the local newspaper, The Patriot’s Herald, and long-time resident of Thirteen Winds. Miss Felicity Rivers is well-known from our services, where she’s been subjected to the standard battery of psychological tests during her first testimony, in order to determine her reliability. She’s also been interviewed, under hypnosis, by doctor David Hartman. A full transcript of this interview is available, should you feel curious about her case (file K-2563). It appears that she’s been abducted no less than three times between 1969 and 1996 (or so she claims). We received a panicked call from Miss Rivers at on Tuesday night. Her speech delivery was somewhat hysterical. She was obviously very scared. “Oh my God, it is happening again!” she screamed into the receiver, right before hanging up. An emergency team was immediately dispatched to Miss Rivers’s address. Although the place was found empty, we were able to confirm that her call came from there. It is therefore presumed that the landing itself took place somewhere nearby, possibly even in Miss F.R.’s backyard (however, the absence of any unusual level of radioactivity on the ground or of any other physical evidence – scorched grass or other markings - does not confirm this hypothesis). Miss F.R.’s residence, nestled at the foot of a wooded hill, was once a farm. It is somewhat isolated, the closest neighbor being over seven miles south by a winding country road. One can certainly argue that this is an ideal spot for a secretive landing. Furthermore, Miss F.R. being known as something of an eccentric recluse around here, her absence might not arise much concern for some days. Our investigators have been scooping the place for clues as to what happened. It is of course essential that we remain extremely discrete, especially since the presence of strangers cannot go unnoticed for long in such a small rural community. Miss F.R.’s current whereabouts are unknown. In all likelihood, the lady has, again, vanished. The team’s report will be forwarded to you, as usual, in the next ten hours or so.